Lumière sur Benjamin Rancourt, président-fondateur de Merisia

Entrepreneur en démarrage, Benjamin Rancourt rêve d’un numérique responsable pour préserver la planète. En effet, le numérique génère également des émissions de gaz à effet de serre. C’est notamment l’une des raisons qui l’ont poussé à créer sa propre entreprise : pour réduire l’empreinte carbone du numérique. Oui, mais comment ?

Informaticien de formation et de profession, diplômé de l’Université de Sherbrooke, Benjamin développe des sites Web écoresponsables de façon à minimiser la quantité de données qui y sont reliées. Même si les données sont immatérielles, elles possèdent elles aussi une empreinte carbone due aux infrastructures qui les supportent et à toute l’électricité consommée par celles-ci.

Parcours professionnel et entrepreneurial

Originaire de Saint-Georges de Beauce, Benjamin y a fait ses études jusqu’au CÉGEP avant de s’installer à Sherbrooke. Son objectif était clair : obtenir son baccalauréat en informatique. Une fois diplômé, son université devient son premier employeur. Il intègre le marché du travail, d’abord au Service des technologies de l’information de l’Université de Sherbrooke, puis à la Ville de Sherbrooke. Dans ces deux institutions importantes de Sherbrooke, Benjamin a occupé de nombreux rôles, notamment en tant que développeur et analyste technologique. Souhaitant travailler sur des projets passionnants, il a décidé de se jeter dans la piscine de l’entrepreneuriat.

Tout un défi pour lui, même s’il est natif de la Beauce, le berceau de l’entrepreneuriat au Québec. Pour éviter les écueils du débutant, il a décidé de se former en entrepreneuriat. D’abord, il a débuté un programme de certificat en administration des affaires à l’école de gestion de l’Université de Sherbrooke. Ensuite, il s’est inscrit au Centre de formation professionnelle 24-Juin pour apprendre à démarrer son entreprise. Fort de ces expériences, il s’est dit qu’il était prêt à débuter son aventure entrepreneuriale.

Merisia, son entreprise

Le fondateur de Technologies Merisia Inc., entreprise incorporée en mars 2023, tente de sensibiliser les entreprises québécoises au numérique responsable. Réduire la quantité des données pour avoir une meilleure empreinte carbone lui tient à cœur. C’était son seul souci jusqu’à l’arrivée de Timothé, son premier bébé, qu’il considère déjà comme son futur employé. 

Aussi, aime-t-il à le rappeler, même le numérique a son empreinte carbone. En effet, toutes les données se trouvant sur Internet résident et passent par différents équipements : serveurs, routeurs, ordinateurs et cellulaires. Tous consomment de l’électricité. Benjamin et son entreprise estiment que moins de données sur les sites internet entrainent moins d’équipements. Il renchérit qu’un site Web performant offre généralement une meilleure expérience pour ses utilisateurs.

Services offerts aux entreprises 

Merisia développe des sites Web à faible empreinte carbone pour les entreprises soucieuses de l’environnement. En plus de la conception écoresponsable de sites Web, Benjamin offre un service d’optimisation avancée de sites Web, pour les rendre plus rapides tout en consommant moins de données. À titre d’exemple, une page Web typique pèse désormais environ 2,48 mégaoctets de données, soit 2 480 kilooctets. Les sites Web développés par l’entreprise nécessitent environ 235 kilooctets seulement par page, plus de 10 fois moins qu’une page Web classique.

Inspiré par l’Europe

L’idée de développer des sites Web de façon plus responsable existe déjà ailleurs dans le monde, notamment en Europe, et Benjamin s’en est inspiré pour amener l’idée au Québec. N’importe quel secteur d’activité a son empreinte carbone, et selon lui, toutes les entreprises devront réfléchir aux moyens de réduire celle de leur secteur d’activité afin de préserver l’environnement. Il ajoute qu’il ne faut pas perdre de vue que le numérique consomme énormément d’énergie. Certains affirment que si Internet était un pays, il serait le 4e plus gros pollueur.

Avant de mettre son idée sur le marché, Benjamin a fait des expérimentations sur son blogue personnel pour le rendre plus performant. Ce sont les conclusions de ses expérimentations qui l’ont conduit à se lancer en affaires.

Oser se lancer en affaires

Interrogé sur ses craintes au moment de se lancer en affaires, Benjamin rapporte qu’il n’avait pas peur, mais qu’il était conscient des risques inhérents à tout projet entrepreneurial. Les débuts peuvent être dépourvus de revenus, c’est pourquoi il avait épargné en prévision. Il considérait cette épargne comme son filet de sécurité.

Jusqu’à maintenant, son plus gros investissement initial a été l’incorporation de son entreprise par le biais d’une avocate en droit des affaires, ce qui a entraîné des dépenses importantes. Benjamin a trouvé les frais d’incorporation élevés, mais il considère désormais cela comme un investissement initial essentiel. Il a également fait appel à un comptable pour bien gérer ses finances au cours des premières années.

Pour lui, l’entrepreneuriat est un cadre d’apprentissage exceptionnel, où il a acquis et amélioré des compétences en marketing, gestion des réseaux sociaux et en administration. Il estime qu’il est important de maîtriser les bases avant de pouvoir déléguer ultérieurement.

Entreprise selon ses valeurs

Ce qui fait vibrer Benjamin, c’est la possibilité de créer une entreprise qui reflète ses valeurs personnelles. Il trouve passionnant de bâtir une organisation en accord avec ses convictions et souhaite que celle-ci contribue positivement à la société. Cela le motive à persévérer. Lorsqu’il était salarié, il aurait adoré travailler pour une entreprise comme la sienne.

Rencontrer d’autres entrepreneurs et découvrir l’histoire humaine derrière les entreprises l’enthousiasme. Il est fasciné par la découverte d’organisations qui osent mettre de l’avant leur mission, leur vision et leurs valeurs. Apprendre à connaître les personnes derrière ces personnes morales, qui bâtissent jour après jour celles-ci : cela l’emballe. C’est l’une des raisons qui le motive à participer à différents groupes de réseautage, tel que Liaisons réseau d’affaires, qui favorise la découverte et les échanges.

Anecdote marquante

Au sujet d’une anecdote de son parcours, Benjamin répond de la manière suivante : « à la suite de la naissance de mon bébé Timothé, j’ai annoncé la nouvelle sur les médias sociaux en promouvant un article du blogue de Merisia qui annonçait, à la blague, que nous avions accueilli une nouvelle ressource dans notre entreprise. Bien que le contenu de l’article ne fît aucun doute sur l’âge et le rôle de Timothé dans notre équipe, quelques personnes m’ont demandé comment j’avais fait pour embaucher aussi vite un employé !   Même ma mère m’a posé cette question ! La photo du bébé était pourtant bien en vue dans l’article ! ».

Pandémie : catalyseur de changements

Bien qu’il ait démarré son entreprise après la pandémie, Benjamin rapporte que c’est grâce celle-ci qu’il s’est remis dans ses projets personnels. Des réflexions internes l’ont conduit à conclure qu’il devait, un jour ou l’autre, se lancer dans l’entrepreneuriat. Il a alors commencé une formation en lancement d’une entreprise au Centre de formation professionnelle 24-Juin. La formation a constitué son premier investissement. Cette formation a constitué ses premières dépenses à titre d’entrepreneur, mais il reste conscient qu’il s’agit plutôt de ses premiers investissements.

Défis à surmonter

Actuellement, ses défis sont multiples : il doit trouver des clients, se vendre, et surtout, promouvoir son idée novatrice au Québec.

Faute d’avoir investi suffisamment de temps à se bâtir un réseau de contacts lorsqu’il était salarié, Benjamin doit travailler fort pour rejoindre les décideurs dans les entreprises. Depuis l’avènement de la subvention de 2 400 $ du Programme canadien d’adoption du numérique (PCAN), le marché a été inondé de personnes s’improvisant comme étant un concepteur Web et offrant des sites Web inadéquats à ce prix. Cela a créé une méfiance compréhensible envers les entreprises détenant les expertises nécessaires pour bien concevoir et coder des sites Web.

Son deuxième défi consiste à vendre ses services à des clients qui ne sont pas encore tous conscients de l’empreinte carbone du numérique. Au Québec, le numérique responsable est un domaine qui doit se démocratiser et être davantage vulgarisé. C’est une épreuve supplémentaire qu’il a décidé de s’attaquer avec la création de son entreprise.

Finalement, le secteur du développement de sites Web est très concurrentiel. Benjamin reste optimiste, convaincu que son expertise fera toute la différence. À la différence de ses concurrents, il se démarque en proposant des sites Web entièrement personnalisés, mettant l’accent sur les performances, l’accessibilité, la sécurité et bien sûr, la réduction de son empreinte numérique.

Équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle

Pour garder un équilibre entre le désir de succès de son entreprise, l’énergie que cela demande et la santé mentale de l’entrepreneur, Benjamin opte pour la stratégie de petits pas. Il évolue au jour le jour. Il déclare que bâtir une entreprise est un projet à long terme, mais que pour y parvenir, l’entrepreneur doit trouver une sorte d’équilibre.

Il s’ajuste constamment afin de concilier sa vie familiale avec celle reliée à son entreprise. Il élimine ses activités non essentielles et trouve des compromis. Par exemple, il tente de planifier ses rendez-vous d’affaires non loin de chez lui, pour rester tout prêt de sa famille en cas de besoins.

Conseil aux futurs entrepreneurs

Pour les personnes qui veulent se lancer en affaires, le fondateur de Merisia les encourage à oser entreprendre leur projet. Selon lui, il n’existe pas de bon moment. Ou s’il existe réellement, il peut se faire attendre longtemps et il est possible de le manquer. Une entreprise se bâtit une brique à la fois ou plutôt : un apprentissage après l’autre.

Il constate que lui-même a perdu du temps à chercher l’idée du siècle ou à trouver le nom idéal pour son entreprise. En 2023, il a décidé de cesser de se définir comme un futur entrepreneur : il a réservé son nom d’entreprise et un mois plus tard, celle-ci était lancée.

Alors, il vous conseille : allez-y dès maintenant !

Picture of <small>Entrevue  réalisé par</small><br>Fidèle Ndjoulou

Entrevue réalisé par
Fidèle Ndjoulou

Je suis consultant en gestion de la santé et sécurité au travail (SST) et fondateur de Fidélis Conseil. Avec plus de 15 ans d'expérience en tant qu'inspecteur du travail et enseignant à l'école nationale d'administration et HEC-Tchad, j'ai acquis une expertise approfondie en SST. J'enseigne également la gestion de la SST à l'université de Sherbrooke depuis 2012, où j'ai obtenu un doctorat en administration des affaires (DBA).

J'aide les entreprises à planifier et à mettre en œuvre une prise en charge durable de la SST en formant et accompagnant les dirigeants et les comités de santé et sécurité. En outre, je suis un conférencier renommé sur la SST en France, au Québec, en Suisse et au Tchad, et j'ai également publié des articles sur le sujet.

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