Zoom sur Alain et Nambia, cofondateurs de ZS Solution assemblage

” Pour nous, l’entreprenariat est juste une nouvelle partie de basketball nous y ré-investissons nos acquis et notre mental de sportifs”

Le mental et le physique

Croyez-moi, il ne s’agit pas d’un coup de marketing pour notre événement du Forum Expo Réussir ensemble, du 17 novembre, Entrepreneur.e en santé, pour lequel Liaisons invite le champion olympique Bruny Surin. Nous ne soupçonnions pas une seconde que les deux entrepreneurs que nous allions rencontrer avaient un passé de grands sportifs aux acquis réinvestis dans l’entrepreneuriat. Au-delà des qualités physiques d’un sportif, la face cachée de l’iceberg est le mental d’acier. C’est cela qui fait la différence entre compétiteurs. Nous connaissons l’expression, “un esprit sain dans un corps sain”, mais il faut un esprit fort pour mettre le corps au pas (train the mind and the body will follow). L’entrepreneuriat est, selon leurs mots, juste un autre terrain de jeu, une autre partie à gagner en se serrant les coudes comme au bon vieux temps. Nambia Basile Soulama et Alain Zongo Simande ont été coéquipiers en équipe nationale de basketball du Burkina Faso, avant de reproduire leur compagnonnage sur le terrain de l’entrepreneuriat.

En phase avec l’adversité

La complicité de Nambia et Alain est frappante. Entre eux, l’esprit d’équipe est une philosophie palpable. À leurs côtés, il apparaît que leurs idéaux convergent. Ils conservent avec aisance leur vision, et conversent plus au “nous” qu’au “je”, même en parlant de soi. Ne leur posez pas la même question à tour de rôle, ils diront “c’est la même chose pour moi” ou “je risque de répéter ce qu’il a dit”. Le destin les a réunis jeunes, en les soumettant à la même condition physique. Ils ont défié les obstacles, en se focalisant plus sur les objectifs.

Ils sont arrivés au Québec, il y a une quinzaine d’années. Tous les deux, réunis par les épreuves de la vie. Victimes de la poliomyélite à l’âge de cinq ans pour Nambia, et à un an pour Alain, ils ont toujours refusé la fatalité.  Ils se sont instruits en dehors de l’école, puisque leur entourage ne leur y accordait aucune chance. Ils ont aussi appris un métier, par la suite, par leur propre débrouillardise, alors que la société traditionnelle semblait les prédestiner à l’assistanat et à la mendicité. Ils ont défié les pronostics les plus défavorables, dans le milieu sportif, au Burkina d’abord, puis dans le sport international, une fois au Canada. Alain a brillé au lancer de poids au niveau provincial, alors que Nambia a pu s’offrir un parcours national et international.  Les prévisions qui ne lui donnaient aucune chance.

En effet, Nambia aurait pu (ou dû?) être classé dans la catégorie inférieure (T53) puisqu’il a contracté son handicap à un jeune âge, ce qui signifie un désavantage au niveau de la masse musculaire de la ceinture du corps, et donc moins d’équilibre. Il s’est retrouvé, au désarroi de ses préparateurs physiques, classé à un niveau supérieur (T54) avec les athlètes ayant connu un handicap (par amputation) plus tard dans leur vie, bénéficiant donc d’une masse musculaire plus aboutie au niveau abdominal. Le 8 juillet 2016, comme le sport sait nous en faire l’illustration, il releva le défi, après des années d’effort, à obtenir le bronze, aux Championnats canadiens paralympiques à Edmonton. Son terrain de jeu s’étend aux extrêmes :  l’épreuve-reine de pure vitesse du 100 mètres, et celle, le 1500 mètres, faite d’endurance et patience.

Une nouvelle vie entrepreneuriale

« Quand on est intelligent, on l’est même pour balayer » me dit un jour mon prof de Math. Notre nature profonde reste constante et se retrouve dans toutes nos entreprises. La complicité et les automatismes développés sur les terrains de basket du Burkina servent à Nambia et Alain dans le terrain de l’entrepreneuriat :

Bien analyser son environnement; ne laisser de côté aucun détail; être aux aguets des ouvertures possibles, saisir à la volée les opportunités qui pointent le bout du nez, se tenir et se maintenir en conditions physiques optimales pour réussir le geste au bon moment et de la meilleure des manières. Le cours en démarrage d’entreprise, pour le cas d’Alain, qui a précédé le lancement de leur entreprise, indique qu’ils n’ont pas agi sur un coup de tête, et qu’ils se sont dotés d’un outil qui leur offre un cadre de réflexion, et a permis de canaliser leur effort, afin de maximiser leur énergie. Quand l’opportunité s’est présentée, ils étaient déjà prêts. La mise en place de cette entreprise n’a pas causé d’appréhension pour eux, car ils ont bénéficié d’un soutien solide de la part de leur entourage.

Ils travaillent dans une usine d’assemblage. À l’origine, ils ont saisi l’opportunité de combler le manque de pièces que cette entreprise a connu durant la pandémie. ZS Solution assemblage, leur entreprise, fait de la préparation de pièces détachées industrielles et de fabrication de matériel adapté, sise au 370, 10ᵉ avenue à Sherbrooke, dans les locaux de Physipro, magasin de fauteuils roulants.  Aujourd’hui, ils font de la sous-traitance pour cette entreprise et engagent eux-mêmes quatre agents. Avec ce statut d’employé et d’entrepreneur, la vie est bien remplie, qui repose aussi sur spiritualité, communauté et famille.

Leur prochain terrain à combler est leur besoin de connaissance du milieu des affaires québécois et le développement de leur réseau. Dans l’entrepreneuriat, tout comme dans le sport, il y a de nouveaux défis qui ne s’affichent qu’une fois sur le terrain. Pour le reste, ils se sont préparés. Ils ont toujours nourri l’objectif de créer une entreprise. Ils sont tous les deux des autodidactes qui avaient leurs petites entreprises de mécanique au Burkina Faso. Alain, dans la réparation et l’entretien d’engins à deux roues, et Nambia, dans le domaine de la réparation d’appareils électroniques. Leur projet d’avenir est une extension de leurs locaux avec plusieurs sections d’assemblage, le montage de kits disponibles dans les grandes surfaces spécialisées.

Un parcours de combattant

Ils ont été membres de l’équipe nationale de basket du Burkina Faso. Leur plus grande force est cette complicité née du fait qu’ils se connaissent depuis le plus jeune âge, ils partagent les mêmes valeurs, la même passion, et tout un compagnonnage développé sur les terrains et dans les voyages à travers le monde avec l’équipe de basket-ball sur fauteuil roulant du Burkina Faso. 

Une fois au Québec, en 2008, Nambia tend la perche à Alain venu le rejoindre six mois plus tard. Ils ont pu parfaire leur compétence en lecture. Alain a choisi de travailler alors que Nambia a souhaité parfaire sa formation. À sa formation en électronique acquise en Afrique, il obtient son secondaire 5, puis a suivi une formation en électronique qui s’est soldée par un DEP en réparation d’appareils électroniques, il a bouclé sa formation par un cours en démarrage en entreprise sanctionné par un certificat. 

Leçons de vie

Pour leur entreprise, les clefs sont persévérance, honnêteté, complicité, transparence; mais aussi le goût de l’autonomie, la passion de l’électronique et de la mécanique. Cette passion les mobilise quotidiennement dès 4 h du matin.

  • Comment faites-vous pour travailler si dur?
  • Quand tu nous poses la question, nous y pensons, à notre tour (rire).

Leurs conditions de vie font partie d’eux. Ils ne se réveillent pas en y pensant.  Cela aussi est une marque du sportif de haut niveau. La discipline est une habitude. Les grands sportifs comme PK Subban ou Crosby ne se demandent plus comment faire pour patiner sur la glace. À ce stade, pour le professionnel, sportif surtout, les fondamentaux sont une seconde nature.

Picture of <small>Entrevue  réalisé par</small><br>Malé Fofana

Entrevue réalisé par
Malé Fofana

Malé Fofana CEO, ComUnicLang, Chargé de cours Linguistique, Communication. Éducation, Langues Secondes.

Il détient un doctorat en études françaises – cheminement en linguistique de l’Université de Sherbrooke avec une spécialisation en analyse du discours. Il est titulaire d’une Maitrise en sciences du langage – spécialisation en didactique des langues secondes. Détenteur d’un Certificat en langue anglaise et en Médiation culturelle et communication, de l’Université de Nancy2, M. Fofana est chargé de cours à l’Université de Sherbrooke et à Bishop’s University.

Avec des étudiants originaires de divers pays, ce spécialiste des langues mène des réflexions sur la langue, impliquant comment le contexte et les réalités culturelles influent sur les pratiques langagières des apprenants non francophones, par exemple.

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